L’équipe Eclipse – Lilly Editions

 

Patrick Ducher a recueilli les témoignages de l’équipe d’Eclipse – Lilly Editions pour parler de la conception de Pink Floyd en France. Voici leur bilan de cette aventure éditoriale :

 

Lilly Roussel – Editrice

 

  1. Lilly, peux-tu te présenter en quelques mots ? Quand est venue la passion du livre, des mots ? Comment est née Dragons Lutines & Compagnie ?

Je suis originaire de région parisienne et je me suis installée dans le sud-ouest en 2008 avec la volonté de faciliter l’accès à la culture pour les enfants. J’ai toujours eu la passion du livre et j’ai eu envie de la transmettre au jeune public. J’ai donc créé la librairie Dragons Lutines & Compagnie à Saint André de Cubzac, à proximité de Bordeaux.

  1. Tu es libraire et éditrice. Comment arrives-tu à concilier ces deux activités ?

L’immobilisme ne fait pas vraiment partie de mon tempérament. J’ai besoin de me projeter en permanence vers de nouveaux défis. C’est pour cela que je me suis lancée dans l’édition de livres jeunesse en 2013. Les deux métiers sont pour moi complémentaires dans leur approche puisqu’ils permettent de couvrir l’ensemble du spectre de la chaîne du livre, de l’auteur au lecteur. Je m’épanouis pleinement dans le fait d’être le point central qui sert de lien entre tous les acteurs de la vie littéraire.

  1. En quoi consiste concrètement ton métier d’éditrice, une fois qu’un manuscrit est entre tes mains ?

L’éditeur est un coordinateur, un chef d’orchestre qui va « mettre en musique » un projet. Avant toute chose, j’ai besoin de ressentir une émotion personnelle pour le manuscrit ou son auteur. Chaque livre que je fais est d’abord un coup de cœur et je sais que j’aurai plaisir à le présenter en tant que libraire. Je visualise très rapidement dans ma tête l’ouvrage fini. Ensuite, je mobilise mon équipe en fixant les grandes lignes, tout en laissant une part importante de liberté. Je maintiens un échange permanent avec chacun dans l’esprit d’une famille tournée vers un objectif commun. Je travaille depuis de nombreuses années avec des gens de confiance, qui connaissent mes exigences et mes besoins. Les personnes qui m’entourent comprennent parfaitement mes demandes et ont toute l’autonomie pour me surprendre par leurs initiatives. J’’aime entretenir cette énergie.

  1. Tu es spécialisée dans l’édition jeunesse, comment est née la volonté de diversification entamée avec la création de la collection Eclipse ?

J’ai toujours apprécié l’art sous toutes ses formes. J’adore les sculptures de Camille Claudel… tout comme le jeu de basse de Duff McKagan ! Cela faisait plusieurs mois que j’envisageais d’étendre mon activité d’édition et c’est lorsque j’ai eu écho du projet de « Pink Floyd en France » que j’ai décidé de créer la collection Eclipse. Celle-ci est pensée autour d’une ligne éditoriale limpide : Parler de musique, de cinéma ou d’autres arts avec un angle original voire complètement inédit.

  1. Que connaissais-tu de Pink Floyd avant de t’embarquer dans cette aventure ?

Très honnêtement, je suis loin d’être une experte mais j’avais déjà quelques fondamentaux : The Wall, Dark Side, Wish You Were Here… et surtout la voix de David Gilmour que je trouve magnifique. J’avais également assisté il y a deux ou trois ans à un concert d’un tribute band local dans une petite salle proche de Bordeaux. Mais rien de plus. Je reconnais avoir découvert beaucoup de choses en travaillant sur cet ouvrage.

  1. Comment absorber tous les aspects liés à “Pink Floyd en France” ? Il s’agit d’un gros projet, tant en termes de nombre de pages, mais aussi de sujet traité, de visibilité, de public-cible etc. ?

« Pink Floyd en France » est de loin le plus gros projet sur lequel nous ayons travaillé. Il a fallu complètement repenser la manière d’aborder notre métier. La densité du manuscrit nous a obligés à nous réinventer, trouver des ressources nouvelles. Je me suis notamment entourée de spécialistes du sujet que j’ai affectueusement surnommés mes « Pink Flamingos ». Humainement, ce livre est une chance et j’ai pu constater à quel point le nom de Pink Floyd est puissant et fédérateur. Nous avons rencontré et échangé avec beaucoup de personnes en France et à l’étranger et, à chaque fois, j’ai été séduite par la bienveillance et la sympathie de nos interlocuteurs. Le plus gros défi a été de demander à une multitude de sources les droits d’utilisation de textes et d’images. Cela a été un énorme jeu de pistes pendant de longues semaines mais pour moi, l’éthique et la morale l’emportent toujours sur toute autre considération. Ce travail préparatoire était incontournable pour que le livre soit fait dans le respect des personnes et des institutions.

  1. Le livre est là, entre nos mains, c’est le produit fini. J’ai coutume de dire “Quand tout est fini, rien n’est fini et c’est autre chose qui commence”. Que se passe-t-il ensuite ?

Lorsque le livre arrive enfin, c’est un soulagement, je dirais même une délivrance, un vrai moment de joie. C’est la récompense de près d’un an de travail. La suite, c’est uniquement du plaisir, avec de nombreux temps forts qui vont s’étendre sur plusieurs mois : Assurer sa promotion dans la presse, chez les libraires, les disquaires, à travers les groupes hommage ou en partenariat avec des salles de spectacle ou des cinémas, le champ des possibles est vaste.  Le sujet se prête à de nombreuses idées pour des événements ou des séances de dédicaces. Ce large éventail d’opportunités permet d’explorer des pistes auxquelles je n’aurais même pas songé auparavant. C’est très stimulant.

  1. As-tu d’autres idées de livres musicaux ?

Forcément, « Pink Floyd en France » a ouvert une voie et j’aimerais bien traiter de certains artistes comme Metallica ou Mark Knopfler avec une valeur ajoutée qui rend les livres d’Eclipse différents. Je lorgne également du côté du cinéma et de la peinture sans m’interdire le moindre sujet. Les idées ne manquent pas et j’espère que « Pink Floyd en France » sera une carte de visite convaincante pour donner envie à des auteurs de nous soumettre leurs projets.

 

Boris Tessier – Stagiaire en probation

 

  1. Quel type d’amateur es-tu ? Collectionneur ? Erudit ? Bootleg lover ? un peu de tout cela ?

Même si je me tiens assidument informé des actualités et que je ne manque jamais une sortie de disque ou une tournée, je dirais que j’ai surtout une passion « intérieure » : Je suis porté par Pink Floyd depuis que je suis né. Cette musique fait partie de moi, de manière aussi naturelle que peuvent l’être nos cinq sens. Je la considère surtout comme une sorte d’héritage familial que je tiens de mon père et que je transmets inconsciemment à mes deux filles.

  1. Quel a été ton rôle dans le “making-of” de Pink Floyd en France ?

J’ai eu un rôle de facilitateur sur les différents aspects de la création du livre. Je me suis beaucoup appuyé sur mon réseau personnel que j’ai tissé depuis de nombreuses années autour d’une passion commune pour Pink Floyd. D’un point de vue éditorial, je me suis porté garant de l’harmonie entre le fond et la forme. L’histoire du groupe est riche et sa musique très « visuelle » : Il fallait que le livre puisse exprimer cette diversité.

  1. Le contenu du livre est dense. Le manuscrit d’origine faisait plus de 400 pages avec les images. Même question que pour Lilly, comment as-tu absorbé cette masse d’informations ?

J’ai d’abord accompli un premier « survol » du manuscrit afin d’en comprendre la structure générale et m’approprier la trame narrative. Je me suis ensuite lancé dans une lecture exhaustive qui a servi à apporter quelques corrections mineures. Cette phase a été utile pour définir l’ossature définitive du livre et réaliser une première pré-maquette afin d’établir des pistes de réflexion pour l’identité visuelle. J’ai pu aussi construire le rétroplanning et définir les priorités. A ce stade, alors que le travail commençait à peine, la date de sortie du livre était déjà connue.

  1. J’ai remis le manuscrit originel chapitre par chapitre début janvier 2021. Il y a cependant eu de multiples ajouts (interviews additionnels, infos, visuels…) quasiment jusqu’au mois de mai. Comment as-tu géré ces “dernières minutes” ?

A vrai dire, j’ai considéré ces modifications et mises à jour comme faisant partie d’un processus normal. A partir du moment où les ajouts pouvaient s’intégrer sans déstabiliser le travail d’infographie, ils n’ont pas été contraignants.

  1. Est-ce une fois que le livre était en train d’être maquetté que Lilly et toi avez pu réfléchir aux aspects de promotion et de communication ?

La promotion fait partie intégrante de la ligne éditoriale et celle-ci démarre avant même la création des premières maquettes. L’avantage de notre époque est qu’avec une stratégie astucieuse et une communication ciblée, les moyens pour mettre en place un plan média restent très raisonnables.  A l’heure où internet et les réseaux sociaux permettent d’obtenir une visibilité immédiate et mondiale, nous avons lancé la communication pour « Pink Floyd en France » dès que le contrat d’édition a été signé. Avec l’appui de quelques relais au rayonnement international, nous sommes ainsi parvenus à toucher des amateurs de Pink Floyd dans toute l‘Europe, aux Etats Unis, au Canada, au Japon, en Israël… et même au Chili !

  1. Comment est née l’idée de la version collector, des goodies, du 45 tours ?

Très tôt, nous avons eu envie de proposer une version agrémentée avec un contenu spécifique. Nous voulions apporter une touche d’exclusivité avec quelque chose qui exprime concrètement l’esprit du livre. En tout premier lieu, nous avons imaginé inclure des médiators et des dessous de verre. Puis l’idée est venue d’ajouter des ex-libris. Nous avons donc fait appel à l’illustrateur bordelais Philippe Loirat qui a tout de suite accepté de réaliser deux dessins. Philippe est un passionné qui a découvert Pink Floyd avec l’album Ummagumma et sa contribution nous est apparue comme une évidence. Quant au 45 tours, pour une question de droits d’auteurs, il était inenvisageable de presser de la musique de Pink Floyd. En revanche, nous trouvions intéressant de proposer à un groupe hommage de composer ses propres morceaux. C’est ainsi que notre collaboration avec Best of Floyd a démarré. Nous avons eu un excellent premier contact avec Bertrand Lefebvre, le leader du groupe. Tout s’est mis en place très naturellement même si je crois que, tant du côté de Bertrand que du nôtre, nous ne soupçonnions pas le temps et l’énergie nécessaires pour concrétiser un tel projet ! Au final, nous sommes heureux et très fiers d’avoir créé cette édition limitée car elle fédère des artistes talentueux, enthousiastes et humainement attachants.

  1. Comment avez-vous décidé de l’angle visuel à donner au livre ? Quelles ont été les lignes directrices pour l’infographie ?

Nico-Nico, notre designer graphique, avait déjà travaillé sur plusieurs projets de Lilly Editions. C’est un véritable artiste. Il puise sa créativité dans l’observation et le détail pour en faire émerger un concept. Il était donc important de ne pas trop le brider. Nicolas s’est imprégné de l’univers visuel de Pink Floyd pour le réinterpréter. La recherche d’une identité sobre et élégante a guidé sa réflexion.  Au final, le livre est à l’image de la musique de Pink Floyd : il est d’une apparente simplicité mais révèle de nombreuses subtilités où chaque détail est mûrement pensé. Les images, les polices ou même le choix du papier sont les fruits de décisions rationnelles. Mais Nicolas est aussi un audacieux qui a su imposer une couverture qui ne serait pas une énième variation autour de la pochette de Dark Side. Le résultat est brillant.

  1. Deux relectures préliminaires avaient été effectuées avant la remise du manuscrit. D’autres relectures ont eu lieu avec plusieurs dimensions : stylistique, ortho-typographique, factuelle… Comment se sont déroulées ces étapes cruciales ? Quand faut-il arrêter ?

Les relectures répondent à des choix éditoriaux pour lesquels des ajustements sont nécessaires durant toute la phase de mise en maquette. La seule limite pour décider d’arrêter les relectures, c’est quand il faut remettre la maquette à l’imprimeur ! Dans les faits, une première relecture a permis de relever quelques rares incohérences factuelles et de replacer dans leur contexte certains passages ou situations. Puis plusieurs correcteurs ont vérifié la partie ortho-typographique sous la coordination finale d’un « super-relecteur » qui a assuré l’uniformisation des corrections.  J’en profite d’ailleurs pour souligner la valeur ajoutée de Jacques-Denis Bertharion, le cinquième pilier (les quatre autres étant Lilly, Nicolas, l’auteur… et Boris ! NDR) de l’aventure éditoriale de « Pink Floyd en France ». Son travail et son soutien ont été précieux.

 

Nicolas Vignais alias Nico-Nico – Designer graphique

 

  1. Nicolas, tu as imaginé un fantastique écrin pour accueillir le contenu de Pink Floyd en France. J’aimerais savoir comment tu as abordé le sujet ? Connaissais-tu le groupe avant de te lancer ?

Ma connaissance de Pink Floyd est loin d’être la tienne ou celle de Boris mais oui bien sûr, je connaissais le groupe. La musique a toujours eu une place importante dans mon existence. C’est naturellement avec enthousiasme que j’ai abordé le projet, comme la plupart de ceux sur lesquels je travaille et notamment pour l’univers de la musique.

  1. Une fois briefé, comment as-tu attaqué le projet ? Avais-tu une idée de fil directeur dès le départ ou bien les éléments se sont-ils mis en place petit à petit ?

Les choses se mettent effectivement en place petit-à-petit mais toujours pour moi en suivant un fil conducteur. Je définis celui-ci plutôt comme un concept, que j’imagine complètement ou interprète d’après la vision et les attentes du commanditaire. Je dirais qu’ici le concept vient de l’idée de Boris qui était d’exprimer Pink Floyd en France sous la forme d’une représentation graphique. C’est de cette idée que sont nés le symbole géométrique et le lettrage qui identifient le projet et se déclinent pour en articuler les différents éléments.

  1. La couverture est passée par plusieurs versions. Comment en est-on arrivé aux flamants roses ? C’était sacrément osé, voire risqué !

Je pense que la prise de risque est un passage obligé pour qui souhaite se démarquer. Et cela devrait être à mon sens un impératif dans chaque projet, sans quoi il y a de grandes chances de se retrouver perdu dans la masse. Pour éviter cela il faut effectivement oser. C’est le point de départ avant de devoir parfois tempérer. La première version de couverture arborait une tête de coq, majestueuse et cinglante. Un symbole français, mais aussi de chef de file, de fierté et d’égo. L’animal idoine pour compléter le bestiaire du groupe et situer le propos du livre. Puis ce coq a laissé la place à un autre volatile, celui-ci représentant cette anecdote purement française, qui a fini par s’associer à d’autres de ses congénères flamants roses sur la version finale. Et oui, Pink Floyd n’a jamais été le fait d’un seul oiseau !

  1. Outre la couverture, comment as-tu procédé pour hiérarchiser l’information dans le livre (titres, sous-titres, encadrés, pagination, choix de polices…) ?

Ah ah ! Mais cette hiérarchie vient de toi qui as écrit le livre, en as défini les parties, organisé les passages et les différentes rubriques. Mon travail a consisté à les mettre en valeur et à les harmoniser visuellement pour que tout devienne clair et fluide, agréable à lire et à regarder.

  1. Quelle est la toute dernière étape avant d’envoyer les fichiers en impression ?

Appuyer sur la touche entrée ! Blague à part, la dernière étape consiste au contrôle minutieux des fichiers d’impression. Pour s’assurer que tout est bien à sa place et que rien n’a bougé à l’export. Mais je dirais que la toute dernière étape consiste à des contrôles plus techniques comme ceux des séparations de couleurs et des surimpressions.